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Fin de l’opération « Sangaris »

Lancée le 5 décembre 2013 avec un faible soutien de l’opinion française, l’opération « Sangaris » , en Centrafrique, s’achève dans l’indifférence générale. Venu à Bangui pour la clore le 31 octobre, le ministre de la défense peut, sans craindre de susciter de vifs débats, solder une mission « réussie ». « Sangaris » qui a atteint jusqu’à 2 500 militaires, redevient une mission de 350 hommes , constituant une force de réaction rapide pour la Mission des Nations Unies  (Minusca). Depuis fin 2013, l’opération a coûté un peu plus de 500 millions d’euros.

Dans les faits, cette mission a vu ses plans contrariés depuis ses premiers jours. Fin 2013, l’état-major avait convaincu l’Elysée de « vendre » aux Français une opération de « quatre à six mois ».L’appréciation de la situation s’est révélée erronée. Attendue par les différentes parties, la présence militaire française a déclenché une violente surenchère entre les combattants de l’ex-Séléka chassés du pouvoir après l’avoir pris par la force , et les milices d’auto-défense anti-balaka. Le retour a un calme relatif  a pris des mois, après une vague de massacres intercommunautaires.

Le ministère de la défense , qui évoquait d’emblée la perspective de réduire la  force après quelques mois , a dû admettre deux semaines tout juste après le lancement de « Sangaris » qu’il révisait ses plans ; Les effectifs , passés de 400 hommes à 1 600 en quelques jours , se maintiendront à ce niveau pendant plus de trois ans.

La doctrine française du »frapper et  transférer » ( en passant la sécurité du pays à l’ONU) a ensuite rencontré de nombreux obstacles. L’effectif de « Sangaris » avait commencé à être discrètement réduit dès la fin 2014, le retrait étant alors planifié pour 2015. Mais la mise en place de la mission de l’ONU et le déploiement de 12 000 hommes a pris plus de temps que prévu. Tandis que la mission européenne Eufor-RCA , elle, n’a jamais atteint l’effectif espéré au départ.

Parallèlement, le processus politique centrafricain a patiné. Et les jeux de l’ancienne puissance coloniale n’ont rien arrangé. Tandis que « Sangaris », en accord avec la ligne avec la ligne de la diplomatie française, sanctuarisait le gouvernement de transition de Catherine Samba-Panza, le ministre de la défense donnait des gages à l’ancien ministre Karim Meckassoua, au risque de placer les militaires en port-à- faux.

Le contingent, enfin, a fait l’objet d’accusations d’agressions sexuelles contre des enfants. Le ministère de la défense estime aujourd’hui qu’elles peuvent être relativisées- dans les trois enquêtes pénales ouvertes à Paris, aucune mise en examen n’a été prononcée à ce jour. Mais une tache demeure.

Depuis 2014, le président français François Hollande, a lancé deux nouvelles opérations lourdes«  « Barkhane » au Sahel, et « Chammal », en Irak et en Syrie. Le ministre, en fermant « Sangaris », avait en tête un nouvel impératif : dégager des marges de manœuvre pour tous les fronts ouverts ou à ouvrir. De l’Afrique au territoire national, l’armée est déjà suremployée partout, au-delà de ses contrats opérationnels.

Au final, nombre de militaires sont satisfaits d’en finir provisoirement avec le théâtre centrafricain. L’opération a été considérée comme difficile, et trop peu mise en avant dans la communication gouvernementale. Les débuts ont été marqués par des conditions très précaires pour la troupe engagée. En outre, de nombreuses blessures psychologiques sont apparues au contact de massacres face auxquels les soldats français ont semblé impuissants. Début 2014, la hiérarchie militaire exprimait son inquiétude de voir  la troupe prise dans un « nouveau Rwanda ».

Au-delà, un sentiment de fatalisme demeure dans les rangs . La France est engagée militairement sans discontinuer depuis quarante ans en Centrafrique sans que le destin du pays paraisse s’améliorer.

Article de Nathalie Guibert dans Le Monde du 31 octobre 2016.

La France a perdu trois hommes  dans l’opération « Sangaris »

Le 24 mars 2013, les rebelles de la Séléska venus du nord-est prennent Bangui. Le chef d’Etat , François Bozizé s’exile. Michel Djotodia s’autoproclame président.

Le 5 décembre 2013, les anti-balaka lancent une attaque sur la capitale, repoussée par la Séléska. Le conseil de sécurité de l’ONU donne un mandat de six mois aux troupes françaises pour rétablir la sécurité. L’opération « Sangaris » est lancée.

Le 10 janvier 2014,Michel Djotodia démissionne. Catherine Samba-Panza devient présidente de transition.

Le 20 février 2016, Faustin-Archange Touadéra , ex-premier ministre de François Bozizé, est élu président avec plus de 62 % des voix.

 

Commentaires

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